Face aux grandes épreuves de la vie, un enfant gravement malade, un proche en fin de vie, un deuil brutal, les salariés se retrouvent parfois sans solution pour dégager du temps sans sacrifier leur rémunération. Le don de jours de repos est un dispositif légal qui permet à des collègues de combler ce vide par un geste concret de solidarité. Simple à mettre en place, il reste pourtant très peu déployé dans les entreprises françaises.
Ce que dit la loi
Le don de jours de repos repose sur deux textes distincts, qui couvrent des situations différentes. La loi Mathys de 2014 permet à un salarié de céder anonymement des jours de repos à un collègue dont l’enfant de moins de 20 ans est atteint d’une maladie grave, d’un handicap ou victime d’un accident d’une particulière gravité. La loi de 2018 a étendu ce dispositif aux salariés proches aidants, permettant d’abonder le congé de proche aidant par des jours donnés par des collègues.
Dans les deux cas, le don est anonyme, sans contrepartie, et le salarié bénéficiaire conserve sa rémunération habituelle pendant les jours d’absence ainsi couverts. Un jour donné vaut un jour reçu, quelle que soit la différence de salaire entre donateur et bénéficiaire; ce qui implique un coût résiduel pour l’entreprise dans certaines configurations, à anticiper.
Comment le mettre en place concrètement
Le don de jours de repos n’est pas automatique : il doit être organisé par l’entreprise, idéalement via un accord collectif ou, à défaut, une charte interne. Cet accord précise les jours éligibles au don, RTT, jours de congés au-delà des quatre premières semaines, jours de récupération, ainsi que les modalités de collecte et d’attribution.
En pratique, l’entreprise peut organiser des campagnes de collecte ponctuelles, déclenchées lorsqu’un salarié se trouve dans une situation éligible et fait la démarche de demander. Elle peut aussi créer une réserve de jours mutualisés, alimentée en continu, pour permettre une réponse plus rapide. Dans tous les cas, la confidentialité de la situation du bénéficiaire doit être préservée, seul le RH fait le lien entre les deux parties.
Un signal fort sur la culture d’entreprise
Au-delà du cadre légal, le don de jours est un révélateur profond des valeurs partagées au sein d’une organisation, face aux épreuves humaines. Dans une entreprise où ce dispositif existe et est connu, un salarié confronté à une situation grave sait qu’il ne sera pas seul. Cette certitude, change le rapport de confiance entre le collaborateur et son employeur.
Les entreprises qui ont déployé ce dispositif témoignent souvent d’un effet inattendu : la campagne de collecte elle-même crée du lien entre collègues, un sentiment de communauté et de solidarité réelle qui dépasse largement la seule situation du bénéficiaire. C’est l’un des rares dispositifs RH dont l’impact émotionnel est immédiatement perceptible par toute une équipe.
Un levier sous-estimé dans la politique QVT
Le don de jours est encore trop souvent absent des politiques de qualité de vie au travail, alors qu’il répond précisément aux situations que les autres dispositifs ne couvrent pas : trop grave pour être géré par un simple aménagement de poste, trop urgent pour attendre l’ouverture d’un congé légal. Il comble un angle mort réel dans l’accompagnement des salariés en difficulté.
Le déployer ne nécessite pas de budget conséquent. Il requiert une volonté claire, un cadre bien défini et une communication interne transparente. Trois ingrédients à la portée de toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
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